Quels sont les défis d’une épicerie bio de quartier?

Les produits bios ont la cote. Selon QuébecBio, le nombre d’entreprises détenant une certification biologique serait passé en 2017 de 1 592 à 2 025 en une seule année alors que le nombre de produits bios d’ici aurait atteint le chiffre impressionnant de 9 500. Les points de vente bios se sont également multipliés ces dernières années. Installée dans le quartier Rosemont à Montréal, l’épicerie Les Récoltes (www.lesrecoltes.com), spécialisée dans la vente de produits locaux et bios, fait partie de cette vague.  Nous avons rencontré Linh Bui, associé de Geneviève Guenet, propriétaire du magasin.

 

Le bio est en pleine croissance. Sur le terrain, constatez-vous cet engouement?

Oui, tout à fait. Il n’y a, en fait, pas assez de produits bios pour répondre à la demande. Les grandes surfaces font affaire avec des fournisseurs étrangers, surtout des États-Unis. Elles savent d’avance quels produits elles vont recevoir et en quelle quantité. De notre côté, nous traitons avec des fermes d’ici. Leurs produits varient selon les saisons. Certaines, en plus d’écouler leurs produits sur place, préfèrent offrir de l’autocueillette plutôt que de vendre à des épiceries comme la nôtre. C’est plus rentable pour elles. Le métier de fermier est très difficile. Il faut vendre à des coûts raisonnables pour rentrer dans ses frais.

Le prix a longtemps été un frein à l’achat de produits bios. Est-ce encore le cas?

Oui, ça l’est encore, mais les gens sont de plus en plus conscients des bienfaits de manger bio. De plus, grâce à la forte augmentation de la demande, les prix du bio ont baissé ces dernières années. En fait, le vrai défi, au-delà du prix, est de casser les habitudes. Les gens passent devant notre épicerie quand ils se rendent dans la grande surface située un peu plus loin. Ils peuvent repasser deux ou trois fois avant de rentrer. Mais une fois qu’ils ont goûté à nos produits, ils reviennent. Ce qui n’empêche pas qu’ils continuent à faire leurs achats chez nous et dans une grande surface. Ils combinent les deux. À leur première visite, ils sont souvent étonnés du bon rapport qualité-prix que nous offrons. Et ceux qui magasinaient dans des supermarchés bios font souvent le saut pour venir chez nous.

Toutes les grandes surfaces disposent maintenant de leur département bio. Comment faites-vous pour résister à ces géants?

Les grandes surfaces achètent surtout leurs produits bios à l’étranger, au Mexique, aux États-Unis, au Chili. Souvent, les fruits et légumes ont été cueillis plus d’une semaine avant leur arrivée en magasin. Chez nous, les produits sont ultra frais : on commande le lundi ou le mardi; les produits sont cueillis le lendemain et livrés le jeudi. Ce qui distingue notre commerce de quartier d’une grande surface, c’est donc en premier lieu la fraîcheur et le goût.

De plus, nous avons une relation très étroite avec nos fournisseurs. Je peux parler précisément à mes clients de la provenance des produits que nous vendons. Et ça, c’est très important. Nous n’avons pas tous les produits, mais nous avons les bons!

Nous avons aussi une relation de proximité avec nos clients. Nous les reconnaissons, nous les saluons. Cela crée un lien qu’ils apprécient. Le contact est humain, un peu comme dans les villages d’autrefois.

Comment votre épicerie de quartier se distingue-t-elle? Quels sont les autres services offerts?

Pour limiter au maximum le gaspillage, nous proposons à nos clients des plats prêts-à-manger. Ainsi, les produits moches deviennent de délicieux plats à emporter. Notre perte de légumes s’élève à moins de 1 %, ce qui est incroyable. Nous avons aussi ouvert des ateliers de cuisine pour attirer les gens du quartier et insuffler un esprit communautaire à notre magasin.

Quels aliments se vendent le mieux?

Les légumes. De plus en plus de personnes sont végétariennes ou flexitariennes.

Décrivez-moi votre clientèle.

Notre clientèle est très large. Elle va de 25 à 70 ans! Nous avons autant de jeunes professionnels que des familles. Certaines personnes viennent tous les soirs après le travail pour acheter leur repas. Elles limitent ainsi le gaspillage et mangent toujours frais. Les familles viennent souvent les fins de semaine et font de grosses épiceries.

Comment envisagez-vous l’avenir?

Nos clients peuvent depuis peu acheter nos produits sur notre site web. À plus long terme, nous souhaitons diversifier davantage notre offre. Nous voulons continuer de travailler avec de petites entreprises afin de contribuer au développement de l’économie locale. Nous sommes très confiants. Les gens aiment les commerces de proximité.

 

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